vendredi, 13 juin 2008

Antimanuel d'éducation sexuelle

Dérangeante Marcela Iacub... en voila une qui n'a pas oublié de réfléchir !

Cet ouvrge est à mettre entre toutes les mains ! Ceux qui connaissent l'auteuse y trouveront ses théories, toutes bien rangées, dans ce livre coloré, illustré et éminemment recommandable.

Vous y trouverez, entre autre : des textes choisis sur toutes les facettes du sexe, Brigitte Lahaie en infirmière, un texte qui devrait suffisamment vous retourner les tripes pour vous inciter à enfiler la capote en toutes occasions ou presque, un réquisitoire contre notre législation concernant les crimes sexuels, une défense du mariage homosexuel et de la prostitution, un nouveau regard (attention, brûlant), sur le viol, une tentative de définition de ce qui est sexuel et de ce qui ne l'est pas... et cet extrait, qui remet à leur place ceux qui pensent que nous vivons dans une société transformée par la "révolution sexuelle" (mais si, celle de Mai-de-je-ne-sais-plus-quelle-année), une société, donc, qui protège la pluralité sexuelle et nos droits dans ce domaine...

antimanuel d'education sexuelle.JPGANTIMANUEL D'EDUCATION SEXUELLE

De Marcela Iacub et Patrice Maniglier, éditions Bréal. 

AVONS-NOUS DES DROITS SEXUELS ?

Supposez que votre compagne ou compagnon, avec qui vous vivez sans vous être mariés (vous êtes « modernes ») apprenne que vous avez commencez une aventure avec une autre personne, que, jusqu’à présent, vous n’avez pas été plus loin qu’un tendre flirt, mais que ce soir-là, précisément, vous avez prévu de vous rencontrer et de vous abandonner l’un à l’autre. Imaginez qu’éperdu de jalousie il entre dans la chambre de vos péchés, qu’il s’interpose entre votre amant et vous et qu’il vous empêche de vous livrer aux ébats sexuels dont vous rêviez au cours de longues semaines d’attente. Auriez-vous le droit de le traîner devant les tribunaux pour crime sexuel ?

La réponse est clairement : non, inutile d’essayer. Vous pourrez éventuellement le poursuivre pour violences, s’il a serré un peu trop fort, mais jamais pour crime sexuel, ce qui lui évitera de risquer plusieurs années de pison.

[...]

Cette dissymétrie entre la protection de votre droit à dire non et celle de votre droit à dire oui, signifie que, malgré toutes les « libertés » que vous a donné la « révolution des mœurs », vous n’avez pas en vérité de droit sexuel. Ou, si vous préférez, que la liberté sexuelle ne fait pas partie des choses que l’Etat vous reconnaît.

On dit que l’on jouit de la liberté d’expression, non pas seulement lorsque l’on le droit de se taire (droit négatif), mais aussi lorsque l’on a celui de parler en public ou de publier ce que l’on souhaite (droit positif). [...] On dit qu’on a un droit de propriété sur quelque chose comme une habitation, non seulement lorsque l’on peut exclure les intrus qui seraient venus sans notre autorisation, mais aussi lorsqu’il est interdit à quiconque de nous empêcher d’y entrer ou de la vendre ou de a louer à qui on le désire. Imaginez que le droit de propriété ne soit protégé que par la législation qui réprime les voleurs... C’est pourtant ainsi qu’en France on protège la liberté sexuelle.

[...]

Les Pays-Bas, au contraire, ont montré qu’ils considèrent, eux, que la sexualité est une nécessité humaine aussi importante que la santé : ils ont mis en place un système de prostitution à domicile financé par la collectivité, qui permet à des handicapés et à des malades d’avoir une activité sexuelle malgré leurs infirmités. La sexualité est ainsi pour eux presque un droit social. Dans la France d’aujourd’hui, cette idée semble presque obscène, la prostitution même lorsqu’elle est entièrement volontaire. Par ailleurs, les Pays-Bas ont baissé l’âge de la majorité sexuelle à douze ans, et les mineurs de seize ans peuvent discuter avec un juge de la pertinence pour eux d’entretenir des relations sexuelles lorsque les parents s’y opposent

La seule exception que la France tolère à son refus des droits sexuels, c’est la subsistance du devoir conjugal. En effet, même si on ne peut en obtenir l’exécution par la force depuis les deux arrêts de la Cour de cassation de 1990 et 1992, il a été dit à cette occasion, qu’il existe enre époux une « présomption de consentement jusqu’à preuve contraire ». Cela veut dire, en substance, qu’aucun des deux - mari ou femme – ne sera accusé de viol si jamais il pénètre l’autre pendant qu’il dort ou qu’il est ivre. Telnt exactement les privilèges du mariage.

lundi, 24 mars 2008

La revanche du clitoris

Voici un petit extrait d'un ouvrage rédigé par une bloggueuse, Maïa Mazaurette, également créatrice du site Sexactu, et rédactrice sur Ladies Room.

C'est trés frais, et un brin salvateur, quoique pour vous, lecteur assidus de ce blog, les infos qu'il nous donne sur l'art d'utiliser son clitoris risque d'avoir quelques airs de déja lu. Toutefois, un recueil rien que pour ce coin de chair, on dit merci. Et on va de ce pas en proposer la lecture à notre vieille fille de voisine, notre tante, ainsi qu'aux époux et amants qui n'auraient toujours pas trouvé le bouton magique, ou se désolent toujours de constater que vous n'êtes que clitoridienne, c'est-à-dire, gravement frigide à leurs yeux.

141068541.JPGLA REVANCHE DU CLITORIS

De Maïa Mazaurette et Damien Mascret

Editions la Musardine, Collection l’attrape corps, 2008

L’art du solo sex

Les femmes jouissent souvent très bien toutes seules ! Comme le montrent les résultats de l’enquête nationale ACSF, 23,5% des femmes parviennent à l’orgasme « plutôt facilement » quand elles se masturbent et 12% y arrivent toujours (19% n’ont pas souhaité répondre à la question). Mais si la plupart des femmes savent se masturber et aiment physiquement le faire... il n’en est pas de même sur le plan psychologique. « Presque toutes les femmes ont été mises en garde contre la masturbation par leur éducation », déplore encore Shere Hite, « la majorité des femmes pensent que la masturbation a surtout de l’importance dans la mesure où elle se substitue aux relations sexuelles (et à l’orgasme) avec un partenaire ». Pourtant, même aux Etats-Unis, l’hypothèse e la masturbation comme substitut de sexe relationnel (avec un partenaire) a du plomb dans l’aile. Dans la dernière grande étude américaine, les chiffres montrent même le résultat inverse : ce sont celles qui ont un partenaire, et qui sont donc supposées se masturber le moins, qui le font le plus. Et inversement. [...]

 

Selon les témoignages de Shere Hite, moins d’une femme sur trois parvient à avoir régulièrement un orgasme pendant le coït sans caresse manuelle directe du clitoris au moment de l’orgasme, d’où sa recommandation : « do it yourself : pour avoir des orgasmes en faisant l’amour, la femme a deux façons d’accroître ses chances, sans jamais oublier qu’elle adapte son corps à une simulation qui est rien moins qu’appropriée. La première et la plus importante consiste a essayer consciemment d’appliquer au coït les techniques qu’elle utilise pour se masturber. La seconde est d’établir une relation sexuelle suivie avec un partenaire qui est capable de répondre à ses besoins. [...] La règle cardinale est de faire vous-même le maximum pour que l’orgasme se produise, sans attendre que ça vous arrive tout cuit, sans attendre non plus que votre partenaire tombe par hasard sur le point sensible.

[...]

Comme les femmes recherchent habituellement la pénétration et la trouvent agréable (elle est pour certaines femmes une sources habituelle ou occasionnelle d’orgasme), beaucoup d’hommes, se basant sur leurs propres sensations, ont du mal à comprendre que la pénétration ne soit pas systématiquement synonyme d’orgasme chez la femme.

Toutes les enquêtes montrent en effet que, dans un bel élan, hommes et femmes considèrent qu’un rapport « normal » inclut la pénétration (des religions monothéistes à Hollywood, on a pas vraiment entendu d’autre son de cloche). On ne peut pas, en trente ans, faire oublier plusieurs millénaire de copulation « productive » avec portée de marmots à la clef. Culturellement, le poids du coït est trop fort pour qu’on puisse aujourd’hui oser dire : « Je refuse la pénétration, mon partenaire n’a qu’à me lécher, ça me fera plus d’effet. »

mercredi, 09 mai 2007

Les deux extases : l'Orgasme et la Jouissance

Quand j'étais moins grande, "jouir", c'était faire du bruit pendant l'amour. Vous savez, le fameux "hanhan" que font les enfants pour mimer l'acte sexuel. L'idée d'orgasme comme moment restreint dans le temps où quelque chose se passe, quelque chose d'énorme, arrive tardivement dans ma caboche. D'autant plus que je ne l'avais jamais ressenti, jusqu'à mes 19 ans. La première fois que j'ai "joui", eu un orgasme, j'ai donc compris quelque chose d'important. J'ai joui seule, par colère. J'essuyais un échec amoureux, et j'ai eu trés envie d'être égoïste : je me suis branlée avec férocité. Et j'ai joui.

Forcément, du coup, ma notion de l'orgasme prend une teinte particulière. Elle a longtemps été nettement dissociée de la notion de plaisir avec un partenaire. Et ça a duré aussi longtemps que moi et celui qui a suivi, nous avons considéré que se branler, c'était être insatisfait sexuellement. Me branler pour jouir, c'était un reproche, c'était un coup bas fait à l’autre. Et ça ne me venait pas à l'esprit, du coup, de me masturber en faisant l'amour.

Vous vous demandez ce que ça à voir avec cette histoire de définition de "jouir" et "avoir un orgasme", du début de ce post. Ca a tout  voir : pour moi aujourd'hui, c'est toujours deux choses différentes. Il est indéniable que je prend énormément plaisir à faire l'amour, en dehors de tout orgasme, c'est-à-dire à être pénétrée. J'en jouis donc. Mais pour me faire "jouir" au sens au vous l'entendez, au sens d'avoir un orgasme, c'est au niveau du clito que ça se passe. Je suis d'accord avec ceux que les concepts de "fille clitoridienne" et "fille vaginale" font grincer des dents quand j'en parle ici : il s'agit de jouissance, clitoridienne ou vaginale. C'est pas une idée que j'ai trouvée par terre, c'est ce que je ressens, profondément.

Et voila que je n’étais plus bêtement « clitoridienne », ce qui ressemblait trop à « frigide », mais juste plus « jouissante » qu’ « orgasmique »...

Il y a quelques mois, je suis tombée sur un bouquin qui répondait à ce ressenti : Les deux extases sexuelles, la jouissance et l'orgasme, de Jean-Claude Piquard. Il se lit agréablement, les mots ne sont pas compliqués, ne cachent rien, et surtout, il apporte une douceur appréciée dans le champs de bataille qu'est le soi-disant débat hommes/femmes... Un ouvrage à mettre entre toutes les mains, et surtout celles des débutants !  

426396542.JPGLES DEUX EXTASES SEXUELLES La Jouissance et l'orgasme

Jean-Claude Piquard

Editions Les Presses Libres 

"L’ORGASME

Chez l’homme, il n’y a pas souvent de problème quant à l’orgasme, presque tous les adolescents le découvrent en même temps que l’éjaculation, dès les premières masturbations.

L’orgasme est déclenché par la stimulation du gland, à l’extrémité de la verge.

Après l’orgasme, la libido chute brutalement, le sexe débande et toute stimulation de pénis devient désagréable, voire douloureuse. C’est la période réfractaire, ou période de latence, qui peut durer de quelques minutes, à plusieurs heures, voire plusieurs jours avec l’âge. L’orgasme a donc une fonction de résolution du désir sexuel.

 […]

 

Comme nous le verrons plus loin, et selon notre définition, l’homme peut éprouver un grand plaisir sexuel sans éjaculation, ce qui n’est pas un orgasme, mais un pic de jouissance.

Pour la femme, l’orgasme est assez identique.

                 

Cette similitude des orgasmes masculins et féminins est étonnante. Surtout pour l’homme, lorsqu’il est témoin pour la première fois de l’orgasme d’une femme !

 

L’orgasme féminin est essentiellement déclenché par la stimulation du clitoris. Comme chez l’homme, c’est un court épisode paradoxal de plaisir déferlant. Pendant l’orgasme, la femme est aussi soumise à des spasmes : le vagin se contracte involontairement et fortement, de 4 à 5 contractions à 0,8 seconde d’intervalle. L’ensemble du corps est soumis à des spasmes cloniques, y compris le visage. Les femmes parlent souvent de tension physique, musculaire et vaginale, de raidissement, d’arc-boutement avant et/ou pendant l’orgasme.

 

L’orgasme féminin dure 5 à 15 secondes. Pendant l’orgasme, la femme ne peut plus parler, l’orgasme lui coupe la parole. Certaines peuvent pousser un long cri, parfois étrange mélange qui tient à la fois du cri et du râle.

Chez l’homme et chez la femme, des muscles semblables, du bassin et du périnée, participent à l’orgasme.

Certaines femmes évoquent des orgasmes qui durent plusieurs dizaines de minutes Faux ! Seuls les pics de jouissance peuvent durer aussi longtemps. L’orgasme est toujours limité à une dizaine de secondes.

 

Pour la femme l’orgasme a aussi une fonction de résolution du désir, de décharge, mais qui s’exprime d’une manière légèrement différente que pour l’homme. En effet, après l’orgasme, la femme est souvent avide de pénétration, de jouissance. Généralement, l’orgasme porte à son maximum la tumescence de la vulve, condition très favorable aux plaisirs de la pénétration. La femme peut de nouveau avoir un orgasme après quelques minutes et enchaîner des cycles jouissance/orgasme avec des périodes réfractaires très courtes, voire inexistantes, contrairement à l’homme. La résolution du désir se fera sentir à la fin de l’épisode sexuel.

Totalement assouvie, elle s’endormira avant l’homme (ou en même temps).

 

Le soir, lorsqu’une femme tarde à dormir après l’amour, même après avoir été comblée de jouissance, c’est qu’il lui manque l’orgasme avec sa fonction de résolution du désir sexuel. De même, si après l’amour, comblée de jouissance, elle a encore un désir fort, un sentiment d’incomplétude, c’est que l’orgasme lui manque. Si elle ne connaît pas l’orgasme et la résolution du désir, ce manque est incompréhensible, innommable, et parfois très difficile à supporter.

[…]

LA JOUISSANCE

La femme est particulièrement réceptive à la jouissance, qui la remplit et la nourrit.

La jouissance est davantage liée à la pénétration.

Contrairement à l’orgasme qui explose et qui est limité dans le temps, la jouissance ondule : elle démarre doucement, légèrement, puis elle monte, plafonne, parfois redescend un peu, remonte, se déploie dans le temps.

L’érotisation de la relation, le désir et la complicité des partenaires préludent ensemble au plaisir. La stimulation des mamelons, de la vulve, des petites lèvres, de l’entrée du vagin prépare à la jouissance. Le clitoris, lui, enflamme la jouissance. Si on s’y attarde, on change assez vite de registre pour aller vers l’orgasme.

[…]

La femme fait bouger son corps pour aller à la rencontre du corps de l’homme, mais aussi parce que sa jouissance a besoin de s’exprimer sur le plan psychomoteur. Par moment, celle-ci monte très haut, presque trop haut, parfois à la limite de l’insupportable, alors la femme se débat, tourne la tête à gauche à droite sur l’oreiller, gémit de plaisir. Son corps ondule de plaisir, longtemps, ce qui n’a rien à voir avec les quelques spasmes de l’orgasme. Elle peut parler, dire je t’aime, encore, c’est bon…, paroles entrecoupées de gémissements."

mardi, 10 avril 2007

Manuel universel d'éducation sexuel à l'usage de toutes les espèces

Sachant que dans cette histoire, chacun veut perpétuer l’espèce, mais plus encore, ses gènes persos. Sachant que le mâle a intérêt à ce que la femelle n’accueille que lui (sachant la guerre que se mènent les spermatozoïdes entre eux), et que celui de la femelle est de frayer avec plusieurs (sachant que cela augmente la fécondité). Sachant que le mâle veut à la fois le plus de femelles possible, mais le moins de concurrents possible. Sachant que le parcours d’un spermatozoïde, c’est celui du combattant, avec des millions de morts. Sachant que la guerre des sexes, ça se résume en une escalade de stratégies pour profiter du sexe opposé, sans les inconvénients. Par « promiscuité », entendez ici « disponibilité », voire « état d’esprit volage ». C’est tout comme en ce contexte.

 Où l’on voit que les femelles sont volages, et les mâles complices.

 

670230347.JPGMANUEL UNIVERSEL D'EDUCATION SEXUEL A L'USAGE DE TOUTES LES ESPECES

Olivia Judson

 Chère Dr Tatiana.

Je vous écrit du Gabon. Mon petit ami est le plus bel angwantibo que j’aie jamais vu. Il porte une superbe toison dorée sur le dos, sur le ventre un duvet blanc crème, son odeur est délicieuse, ses pattes ravissantes. Il y a cependant un problème. S’il vous plaît, Dr Tatiana, pourquoi est-il bardé d’énormes épines ?

Très inquiète.

Rien de mieux pour bien vous chatouiller, chère amie ! Du moins me semble-t-il que c’est là une des principales explications. L’angwantibo est une espèce peu connue de la famille des lorisidés, voisine des galagos – petits primates arboricoles nocturnes qui, à leur tour, sont de lointains cousins des singes de toutes tailles. Examinez un peu ces cousins, et vous verrez que le cas de votre ami est loin d’être une exception. Les galagos et beaucoup d’autres primates sont dotés de pénis monstrueux, évoquant de moyenâgeux instruments de torture. On y découvre des échardes, des excroissances, des crins. De plus, ils présentent souvent des formes tordues, bizarres, voir effrayantes. En comparaison, le pénis humain apparaît banal, quoique d’assez forte taille.

Voyez-vous, le pénis n’a pas pour unique fonction de libérer du sperme. Lorsqu’une femelle entretient des relations sexuelles, avec un certain nombre de mâles, chacun d’entre eux lui fournira une progéniture d’autant plus importante que ses spermatozoïdes y seront aptes. Un mâle capable de stimuler suffisamment sa partenaire pour qu’elle garde en son sein davantage de spermatozoïdes, ou qui parvient de quelque façon à neutraliser le sperme de ses concurrents, diffusera plus largement qu’eux son patrimoine génétique. De là vient que la première conséquence de la promiscuité féminine est de fortement inciter les mâles à se surpasser les uns les autres, à tous les niveaux des relations amoureuses. Et, à cet effet, le rôle du pénis est loin d’être négligeable.

Considérons les cas des agrions, couramment appelés demoiselles. Ces odonates apparentés aux libellules, qui paraissent si doux et innocents quand on les voit évoluer le long des rivières par une pesante journée d’été, n’en possèdent pas moins les pénis les plus invraisemblables qui soient. Le pénis d’un agrion comporte, de façon générale, un ballon gonflable, deux cornes à l’extrémité et de longues soies de part et d’autre. Chez l’agrion tacheté, Calopteryx maculata, le mâle utilise le stratagème de décaper l’intérieur de la femelle du sperme déjà présent avant d’y déposer le sien. Chez une espèce très voisine, Calopteryx haermorridialis asturica, le mâle se sert de son pénis d’autre façon encore, sur le mode de la persuasion : il stimule la femelle comme il convient, jusqu’à ce qu’elle expulse d’elle-même le sperme de ses précédents amants […]. Chez les termites, chaque femelle ne s’accouple qu’avec un seul mâle, et les organes sexuels sont tout simples, sans grande différence d’une espèce à l’autre.

Bien entendu, la question du pénis n’est pas la seule qui importe dans la compétition entre les mâles. Prenons l’exemple de l’araignée des anémones Inachus phalangium, espèce de petit crabe qui vit sous la protection des tentacules d’anémones de mer. Le mâle fabrique une gelée spéciale pour sceller le sperme des précédents mâles dans un recoin de l’appareil reproducteur de la femelle, de sorte qu’il ne puisse y avoir de mélange avec le sien.

 

[…]

 

Tous ces éléments contribuent à expliquer pourquoi le pénis de votre ami présente cet aspect effrayant. Primates ou insectes, il est de règle que, chez les espèces où la femelle ne fraie qu’avec un seul mâle durant un certain temps, le pénis de celui-ci soit de petite taille et ne présente aucun trait particulier. L’organe d’un énorme gorille de 210 kilos pourra n’atteindre que quelques malheureux cinq centimètres, sans la moindre arête ou aspérité. Une misère, par comparaison à Oxyura vittata, petit canard de grand Sud de  l’Amérique, dit érismature orné, dont le pénis, long d’une vingtaine de centimètres, rivalise avec celui de l’autruche et présente des épines. Il faut tenir compte qu’un gorille mâle régente en général toute une petite troupe et n’a guère de souci à se faire quant au sperme d’un éventuel rival.

 […]

C’est pourquoi j’aurais tendance à penser que, si le pénis de votre compagnon est ainsi bardé d’épines, c’est que chez les lorisidés les femelles se montrent sans doute quelque peu dépravées. Mas quant à savoir si ces épines sont apparues parce que vous-même les appréciez, ou simplement pour mieux vous nettoyer – eh bien, qui mieux que vous pourrait donc répondre à la question ?

samedi, 03 mars 2007

L'érotisme et le sacré

1353596343.JPGL’EROTISME ET LE SACRE

De Philippe Camby

Editions Albin Michel, Collection Espaces Libres

 

 

 

Tout laisse en effet supposer que l’enfant d’abord n’était que le fruit de sa mère, comme la terre est seule responsable de ses fruits. A ce stade, on considère les enfants comme « sans pères » (apatores) ou bien, ce qui revient au même, comme issus de pères nombreux (polypatores) […]. Doit-on s’en étonner ? Le rapport à presque une année de distance entre le coït et l’accouchement n’est pas évident. La connaissance à peu près scientifique des mécanismes de la reproduction n’a pas 150 ans ; et le plus surprenant n’est peut-être pas, comme le dit André Malraux, « que les hommes n’aient pas fait plus tôt la relation entre l’acte sexuel et la procréation, mais qu’ils l’aient faite ». […] La première pensée de l’homme, c’est qu’un « pouvoir » décide des naissances, « c’est l’idée que les enfants ne sont pas conçus par le père, mais que, à un stade plus ou moins développé de leur avancement, ils viennent prendre place dans le ventre maternel à la suite d’un contact entre la femme et un objet ou un animal du milieu cosmique environnant ».

 

[…]

 

C’est à un esprit, un « baloma », qu’aux îles Trobriand on attribue la fécondation, mais, si l’on reconnaît que les rapports sexuels peuvent faciliter l’accès des « balomas » aux ventres des femmes, il n’en reste pas moins que la contraception la plus sûre consiste à éviter de se baigner à marée haute… […] 

Le vent n’a rien à envier à l’eau puisqu’il donna Héphaïstos à Héra et que, sous ses caresses, l’Ilmatar finnoise engendra Vainamoïnen. Michabo l’Algonquin est également son fils. Les femmes arunta s’enfuient encore devant les tourbillons de poussière de l’Australie centrale pour ne pas être engrossées.

On soupçonne aussi le soleil d’être un fécondateur redoutable, fondateur de nombreuses dynasties, dont celle de Gengis Khan. On expose les fiancés à ses rayons en Inde et en Perse.

 

[…]

 

La croyance à l’intervention divine survit à la découverte du processus créateur, et l’enfant reste le fruit d’un contact entre le divin et le féminin, même si le père paraît quelques fois être l’instrument de ce contact. La filiation reste souvent une adoption.

Les Todas du sud de l’Inde, par exemple, n’ignorent rien de la paternité, mais c’est l’adoption seulement qui désigne le père. Il faut qu’au septième mois de sa grossesse la femme accomplisse la cérémonie de l’arc. Avec celui de ses maris qu’elle a choisit pour être le père de cet enfant, elle se rend en forêt : « L’homme fabrique un arc et une flèche en miniature et leur donne le nom de son clan ; la femme fixe ensuite l’arc contre son front ; la flèche est sensée pénétrer en elle » ; et l’enfant devient ainsi le fils de celui qui tient l’arc, quand bien même il n’aurait eu aucun rapport avec la mère avant la cérémonie. Le rite étant théoriquement célébré une fois pour toutes à la première grossesse de la femme, un home mort depuis longtemps peut être considéré comme le père d’un nouveau-né si aucun autre homme n’a célébré après lui le rite avec la mère. Le plus grand scandale qui puisse se produire chez les Todas, c’est la naissance d’un enfant pour lequel la mère n’a pas accompli le rite. […]

Au XIX° siècle, la pomme avait conservé à Florence les prestiges de la Genèse. Une femme qui voulait concevoir demandait à son confesseur une pomme bénite, qu’elle mangeait.

 

[…]

 

Est-ce pour la laisser faner dans les bras d’un seul homme que la nature a doté la femme de tant de charmes ? La loi de la matière, que Bachofen qualifie de loi aphroditique, « rejette toutes les restrictions, exècre toutes les contraintes ». Toutes les femmes appartiennent à tous les hommes, et réciproquement. Les mariages collectifs, les orgies sacrées, l’hospitalité sexuelle et la prostitution sont les vestiges de cet état.

Les femmes des Bretons que combattit César étaient communes à un clan d’une douzaine d’hommes qui se les partageaient entre frères ou entre père et fils. La progéniture qui en résultait était considérée comme « celle de l’homme chez lequel la mère était allée vivre en premier ».

Le législateur d’Héliopolis (en Phénicie) avait ordonné que toutes les femmes seraient communes à tous les hommes et qu’il n’y aurait « aucune distinction de père ni d’enfants » : législation qui se maintint jusqu’au IV° siècle après J.C., époque à laquelle Constantin établit le mariage et apprit « aux familles à se reconnaître ».

 

[…]

 

Le mariage, qui est une infraction à la loi de la communauté, comporte quelquefois, dans son cérémonial ou sa préparation, certaines conditions qui sont autant d’expiations symboliques. […]

Chez les Bochimans, par exemple, pour lesquels l’adultère de la femme est puni de mort, il faut, préalablement au mariage, que la jeune fille ait appartenu à tous les hommes du clan de son mari.

A Sparte, les unions restaient très libres. L’époux, qui faisait 30 ans de service militaire, ne s’échappait de sa caserne la nuit afin d’accomplir son devoir conjugal. Mais, s’il trouvait en arrivant chez lui un rival dans son lit, il ne s’en formalisait pas, ne tirait pas l’épée, ne criait pas au scandale. Au contraire, un Spartiate ne devait-il pas être fier qu’un Spartiate participe aux grossesses de sa femme ?

Il était permis au jeune homme qui désirait la femme d’un de ses égaux de la lui emprunter le temps de faire un enfant.

 

[…]

 

Restriction également apportée à l’exercice du pouvoir d’un seul homme sur une seule femme, le système de défloration qu’on qualifie de rituel et en fonction duquel, sous des prétextes divers, il n’est pas permis au mari de déflorer lui-même son épouse.

On expliquait, par exemple, qu’il y avait un grave danger magique à faire couler le sang de sa femme et que la meilleure façon d’éviter ce danger était de le faire courir par un tiers familier des puissances magiques qui pourrait encourir ces dangers sans les craindre. Cette théorie justifiait, encore au XVIII° siècle, l’exercice du droit de cuissage dont jouissaient prêtres et nobles des campagnes françaises.

L’explication pourtant est douteuse et il semble bien que n’importe quel procédé chirurgical eût permis d’éviter plus simplement le danger magique en question.

 

[…]

 

L’alibi du sang est bien souvent aussi le fondement avoué de la prostitution sacrée. C’était une institution quelquefois dérivée de la défloration rituelle et en fonction de laquelle, dans certains pays du pourtour méditerranéen, des femmes se prostituaient au profit des temples des dieux.

 

[…]

 

La prostitution sacrée se donne aussi quelquefois l’hospitalité sexuelle pour raison d’être. Il faut que les prostituées sacrées réservent l’usage de leurs charmes aux seuls étrangers, pour suppléer aux femmes et aux filles de sa parenté que l’hôte devrait fournir aux voyageurs. […]

La généralité de cette coutume laisse supposer que nous avons commis un contresens dans notre interprétation classique de la destruction de Sodome. Yahvé pouvait-il sanctionner ce que nous appelons la sodomie ? Non, sans doute, car elle avait pour tous les peuples de l’Orient sémitique une valeur religieuse et elle ne lui était pas si désagréable qu’on la pratiquât dans ses temples. Les habitants de Sodome paraissent bien davantage avoir été châtiés parce qu’ils avaient inversé la coutume de l’hospitalité sexuelle : au lieu de pourvoir, comme il était naturel, aux jouissances des étrangers que Loth avait accueillis, les Sodomites réclamèrent ces étrangers « pour en jouir ».

 

[…]

 

Une hospitalité si généreuse n’était pas sans défauts. Dès lors qu’on commença à tenir la paternité pour une valeur, il ne fût plus possible de l’admettre si l’on voulait que la filiation soit sûre et reconnue. […] On chercha donc à concilier ces deux incompatibles : filiation et hospitalité. La prostitution sacrée constitua ce compromis. Pour préserver leur légitimité, les familles n’offrirent plus toutes leurs femmes aux étrangers, mais certaines d’entre elles seulement leur furent consacrées d’une manière permanente. […]

A Babylone, ce sont encore les étrangers qui profitent des femmes du dieu. Les Assyriennes devaient, une fois au moins dans leur vie, rendre place dans un sanctuaire d’Ishtar (Aphrodite) pour « s’y unir à un étranger ». […]  Elles doivent suivre le premier qui lui jette quelque chose, sans rebuter personne. Aucun terme n’est fixé à son obligation : « Lorsqu’une femme a pris place dans le temple, elle ne retourne pas chez elle avant qu’un étranger ne lui ait jeté de l’argent sur les genoux et qu’elle se soit unie à lui  Aussi les femmes qui sont douées d’un joli visage et d’une belle prestance s’en reviennent bientôt, et celles qui sont laides demeurent longtemps sans pouvoir satisfaire à la loi. Certaines restent trois ou quatre ans.»

 

[…]

 

Dans la Chine archaïque, on accède pas au trône quand on est le fil du souverain : il faut épouser l’aînée de ses filles. Toute race sort d’un héros, mais c’est à la mère du héros que va la vénération la plus grande. […]

En outre, la transmission du pouvoir par les femmes pouvait exiger certaines dérogations à la morale courante. Ainsi n’est-il pas rare de voir recommander l’union du frère et de la sœur. Avant de séduire César et Antoine, Cléopâtre avait été mariée successivement à chacun de ses deux frères.

On voyait dans l’inceste une modalité sacro-sainte du mariage qui pouvait activer plus favorablement encore les forces surnaturelles.

 

[…]

 

Sans que l’influence des techniques sexuelles de transmission du pouvoir se soit toujours fait sentir au même degré dans toutes les sociétés où elles étaient pratiquées, il n’y a pas de doutes qu’elles influençaient les systèmes de droit conjugal et (pourquoi pas ?) les jeux de séduction.

En Egypte d’abord, où, malgré le militarisme et la fonctionnarisation, toute la société est orientée vers le matriarcat, c’est à la femme que revient l’initiative amoureuse. Les Egyptiennes sont commerçantes, peintres et poètes. On a conservé de leurs poèmes, et nous ne pouvons nous empêcher des les citer un peu longuement tant ils sont beaux et tellement leur esprit peut nous paraître étranger.

 

« … il est doux de te suivre dans le fleuve et de me baigner devant toi. Je veux te laisser voir mes beautés dans ma robe de la plus fine toile quand elle est mouillée. Je descends dans l’eau avec toi, et j’en ressors vers toi, avec un poisson rouge qui est beau dans mes doigts. Tiens, regarde-moi… »

« Tu empourpre mon cœur et je ferais tout pour toi de ce que désire quand tu es sur ma poitrine. C’est le désir de toi qui farde mes yeux, c’est de te voir que brillent mes yeux. Je me serre contre toi quand je vois ton amour… Mon corps se souvient de toi, mon cœur est joyeux quand nous marchons ensemble. »

samedi, 24 février 2007

Le grain des mots

880173528.JPGExtraits de

LE GRAIN DES MOTS de Camille Laurens ; P.O.L. Editeur

SEUL(E)

 

Tout à l’heure, j’étais assise à mon bureau, je travaillais ; soudain j’ai relevé la tête, je me suis vue dans la vitre, en reflet, et je me suis dit : tu es seule. Me parlant à moi-même, aussitôt je l’étais moins, tout le monde connaît ce vieux truc efficace pour être deux quand on est qu’un. Dès lors qu’on écrit, de toute façon, l’adjectif est béni – un écrivain seul, voila un beau pléonasme ! « Enfin seul ! s’exclame Baudelaire à une heure du matin. Enfin ! la tyrannie de la face humaine a disparu. » La solitude, seule condition, dit le poète, pour conquérir « la grâce de produire quelques beaux vers. »

D’où vient alors que c’est si terrible, si redoutable, si redouté ? Après tout, dans l’enfance, on nous y encourageait : « toute seule comme une grande », il n’y avait pas d’éloge plus flatteur, et pas de plus noble ambition que celle de Cyrano : « Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul. » Pourquoi donc maintenant que justement nous sommes devenus grands, ce mot hante-t-il nos plaintes lancinantes, nous évoquant la mort – « la mort seulette » de Verlaine - et son spectre atroce, dernière angoisse de Mallarmé : « Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul / Ayant peur de mourir lorsque je couche seul. » Pourquoi les journaux et revues nous ramènent-ils régulièrement à ce scandale qui – les statistiques le prouvent – touche deux fois plus les femmes que les hommes : vivre seul(e) ?

Qu’est-ce qu’une femme seule, au juste ? C’est une femme qui ne fait pas ou plus partie des élues, elle n’est pas l’unique, la seule femme qui compte au monde pour un Autre (elle n’est pas la seule, notez bien, mais ça ne la console pas vraiment). Pourtant, s’il lui arrive d’être amoureuse, ne dira-t-elle pas à l’objet de son désir : « J’ai hâte d’être seule avec toi » ? Etrange grammaire que celle du cœur… Parce que logiquement, soit on est seul, soit on est avec quelqu’un, non ?

Eh bien, non, justement ! Seul n’est pas le contraire d’à deux, qu’on se le dise ! Tchekhov, lui, ne mâche pas ses mots : « Si vous craignez la solitude, ne vous mariez pas » ; Valéry renchérit : « Dieu créa l’homme et, ne le trouvant pas assez seul, il lui donna une compagne. » Et tant d’autres d’approuver en chœur, comme un seul homme.

Par ces chemins détournés, à mon bureau ce matin, j’arrive à cette pensée sans ironie, qui dissolve le paradoxe : aimer, c’est être seul avec l’autre, unir ses solitudes. En tête-à-tête avec mon reflet, je lui souris et l’interroge : au fond, quelle différence y a-t-il entre une femme seule, et une femme seule à seule ? Il me répond d’un sourire, sur un air de chanson : la différence s’appelle l’amour.

ATTENDRE

 

Comme c’est beau, attendre ! Quel mot plein, complet, parfait – un mot qui dit à la fois l’attention et la tension, mais sans la souffrance inhérente à la patience ; un mot tendre qui s’adresse à nous de ses deux t dressés comme on tend les bras – à nous, à toi plutôt, à toi et au temps qui passe. Tout de suite, vous vous récriez, je vous entends d’ici : « Tendre ? Pas toujours ! Attendre un enfant, le Messie, le week-end, ou même un homme, passe encore… Mais la mort, la fin du monde ou le train de 6H45, attendez voir, ce n’est pas la même chose ! » Admettons… Mais on aurait tort de sculpter ce verbe en allégorie figée sur un quai de gare : contrairement à sa sotte définition : « demeurer jusqu’à l’arrivée de quelque chose ou de quelqu’un », rien de statique en lui, que de l’élastique : l’attente n’est-elle pas la seule chose au monde qui raccourcit en s’allongeant ? Tout y semble mouvement, courant, geste intégrant le temps en aspirant à l’oublier. Ses synonymes le dévalorisent injustement – moisir, faire le pied de grue, poireauter, rester planté comme un piquet (« Je suis dans l’attente, constate un calembour paternel ; le problème c’est que j’ai horreur du camping »), sauf peut-être « prendre racine », car si l’on peut s’enfoncer dans l’attente comme un arbre en terre, il en jaillit des élans multiples, branches tendues vers l’horizon, le ciel. Certes, attendre n’est pas atteindre, et quelques fois on croirait habiter une étrange salle d’attente où l’heure du rendez-vous – le jour, la nuit, toujours mon amour – n’arrive jamais. A qui sait attendre, parfois rien ne vient. Et puis après ? Qu’importe au fond ? Est-ce Kafka qui, alors qu’on lui faisait remarquer que celle qu’il attendait ne viendrait plus, eut cette réponse : « Je le sais. Mais je préfère la manquer en l’attendant » ? La beauté d’attendre n’est pas dans l’objet, quelque fois elle est dans l’attente, ce mouvement vital. L’espagnol dit très joliment : esperaattendre et espérer procède de ce même élan, nous tendons vers la vie comme une courbe vers l’infini. C’est Gide relevant de maladie et s’écriant face à la terre retrouvée : « Je m’attends à vous, nourritures ! » L’attente est cette mise en jambe du désir, l’appétit s’y ouvre comme une grenade mûre. «  Vous vous êtes bien fait attendre » murmure à son Prince la Belle qui a dormi cent ans. Cela ne sonne pas comme un reproche, je crois. Cela signifie : c’était bien de vous attendre. L’amour n’attend pas, dit le proverbe. Il a grand tort. D’ailleurs, l’amour n’est-il pas l’attente même, presque toujours, parce que le manque qui la suscite nous maintient tendus comme des arcs et que ce qu’elle promet vaut parfois mieux que ce qu’elle tient ? Valéry imaginant un rêveur qui espère un baiser fait sonner ce bonheur jusque dans ses rimes et dans la polysémie du mot « pas » - à la fois ce qui va combler l’attente : ses pieds nus qui s’approchent, et ce qui la magnifie : le refus, l’interdit, ce qu’on a pas : « Ne hâte pas cet acte tendre, / Douceur d’être et de n’être pas, / Car j’ai vécu de vous attendre, / Et mon cœur n’était que vos pas. »

Voilà, à la semaine prochaine… en attendant, soyez heureux !

dimanche, 22 octobre 2006

Rituel pour ensorceler un homme

722142718.JPGMAGIE NOIRE - Le livre interdit - Rituels et sortilèges

Robert Vallée

Edimag

 

Il s’agit d’un rituel ancien qui provient de Bretagne. Il était particulièrement populaire auprès des jeunes filles qui n’avaient pas de beauté pour attirer les hommes de leur choix. Il demande des efforts mais les résultats semblent très bons. Il s’agit d’un sortilège pour empêcher l’homme choisi de découvrir que sa fiancée ou sa petite amie n’est pas la plus belle.

 

De l’eau de rosée

Une chandelle blanche et une chandelle rose

De l’encens de rose

Un morceau d’ambre

 

Trois matins consécutifs, au lever du soleil, allez recueillir la rosée sur les fleurs et les feuilles d’un jardin (ou encore, le soir, avant d’aller dormir, placez un petit pot au milieu d’un jardin, avant d’aller le chercher aux premières heures matinales ;  recommencez deux autres soirs et deux autres matins). Conservez la rosée dans un petit pot jusqu’à la Pleine Lune. Ce soir-là, allumez les deux chandelles et faites brûler l’encens. Prenez ensuite un morceau (ou une perle) d’ambre et trempez-le dans la rosée. Passez ensuite ce morceau d’ambre sur votre figure, trois fois, en disant :

 

« La rosée du matin ravive mon teint,

L’ambre sacré se rappelle la beauté.

Par trois fois je passe cette mixture sur ma peau.

Que l’apparence en change et trompe le regard

De l’homme que je choisis à mon égard. »

Répétez ce charme, tous les mois à la Pleine Lune, et vous serez toujours belle aux yeux des hommes que vous choisirez.

dimanche, 20 août 2006

Les mots et les femmes

761794396.JPGLES MOTS ET LES FEMMES

Marina Yaguello

Petite bibliothèque Payot 

 

 

Maman ou putain, la femme est de toute façon définie par des qualités physiques (elle est belle ou moche, blonde ou rousse) et morales (c’est une sainte, ou une teigne, un poison). Dans les deux cas, c’est le pôle négatif qui est le mieux représenté. Ce qu’illustre fort bien cette citation des Pasquier de Georges Duhamel :

 

« En argot, il y a 100 mots [pour désigner les femmes] et, ce qu’il y a de plus chic, c’est que tous ces mots d’argot ne sont pas synonymes. Fichtre non ! Margot la piquée, par exemple, était exactement ce que j’appelle un choléra. Un choléra, c’est une petite femme brune, pas très soignée de sa personne, avec des ongles en deuil, et maigre, surtout maigre à montrer les os des hanches et les côtes et tout le bazar. La même personne qui serait grasse, on l’appellerait un boudin. Si, par hasard, elle est plus grande, pas très grasse et mal peignée, c’est un raquin qu’il faut dire. La taille au-dessus, encore, avec un brin de fesse et le tout à l’avenant, alors ça devient très bath et c’est proprement une gonzesse. Et si la gonzesse est vraiment maousse, houlpète, à l’arnache, autrement dit, alors c’est une ménesse, quelque chose de tout à fait bien, l’article vraiment supérieur. Une ménesse qui prend de la bouteille, ça tourne vite en rombière, surtout si l’encolure commence à gagner en largeur. Et quand une rombière engraisse en gardant de la fermeté, c’est déjà presque une pétasse. Mais malheur, si ça ramollit, nous tombons dans la poufiasse, horreur, et dans la grognasse, et on ne sait plus où l’on va ! »

 

[…]

 

L’amalgame entre la femme et la putain, on le voit, est presque total. Il y a osmose permanente entre les deux concepts. On peut donc poser comme règle générale : tout mot dont le référent est de sexe féminin (si innocent, si prestigieux, si favorable soit-il) peut servir à désigner une prostituée. Inversement, tout synonyme de putain peut s’appliquer à la femme en général (nana, bonne femme, souris, rombière, etc. ont désignés à l’origine une prostituée). La femme n’est jamais qu’une putain en puissance.

 

Voila pour l’aspect qualitatif de la question. Reste l’aspect quantitatif. Je n’ai cité ici qu’un échantillonnage réduit du corpus réunit par Guiraud (environ 600 mots), qui n’est lui-même pas exhaustif. (Les mots désignant les hommes sont, eux, très peu nombreux, 4 ou 5 dans les dictionnaires analogiques et des synonymes, 36 chez Guiraud) L’extraordinaire abondance de ce vocabulaire appelle une explication.

 

« Dans une communauté de langue, le degré de différenciation lexicale d’un champ référentiel augmente avec l’importance de ce champ pour la communauté » (Brown et Ford, 1961)

 

Selon ce principe, la femme serait donc nommée de façon d’autant plus diverse que sa place est plus importante dans la société. Ce que confirme Brunot :

 

« L’exemple le plus varié [d’expressions caractéristiques] est peut-être celui des noms donnés à la femme par les poètes qui l’ont chantée, d’une part, et par les hommes qui ont eu à se plaindre d’elle, d’autre part. Toutes les passions, l’amour, la jalousie, l’adoration et la haine, l’expérience aussi, avec ses constatations et ses jugements, s’unissent pour donner au nom officiel d’épouse d’innombrables variantes, depuis l’ange jusqu’à la misérable. L’art, la mythologie, le ciel des chrétiens, le genre animal, les végétaux du jardin et les lianes de la libre nature, fournissent à la pensée abstraite et raisonnable, et surtout au sentiment, les moyens de ne pas abuser de trésor ou de monstre, et d’admirer ou d’injurier sans danger de se répéter. »

 

Or, ce vocabulaire est 1) de création essentiellement masculine, 2) essentiellement péjoratif. Il faut donc penser que la femme occupe plus de place dans la vie, l’esprit et le cœur des hommes que ceci ne le désireraient. Un américain s’est amusé à calculer que le nom du Diable battait tous les records de synonymie. Il semble que la femme lui fasse concurrence.

D’autre part, on a vu que cette multiplicité d’appellations situait avant tout la femme comme objet sexuel. C’est donc dans le contexte plus large du vocabulaire de la sexualité qu’il convient de replacer la femme. Guiraud souligne l’extraordinaire richesse de la synonymie dans ce domaine, primordial dans l’expérience humaine. Il recense 7000 mots pour couvrir 50 concepts, dont plus de 500 pour la femme, plus de 800 pour le sexe de la femme, 550 pour le pénis, plus de 1300 pour désigner le coït (on en dénombre autant, sinon plus, en anglais, et c’est sans doute une constante des langues). On a là l’illustration parfaite du principe énoncé par Brown et Ford.

Comme on l’a vu, cette richesse lexicale repose en grande partie sur l’euphémisme ou la peur des mots qui participent d’un désir d’éliminer ce qu’on craint en évitant de le nommer ou en le péjorant par l’emploi de l’antiphrase et de la métaphore. Ainsi, dans le domaine de l’érotisme et de la prostitution, la femme, objet indispensable et désiré, est en même temps niée.

« Refuser d’appeler les choses par leur nom, note Robert Edouard, c’est élargir la place que tiennent ces choses dans le langage ». « 70 termes pour désigner le sexe de la femme, pour éviter de l’appeler par son nom. On multiplie par 70 le risque de les voir proférer puisqu’il s’agit d’euphémismes et de métaphores » [Guiraud, lui, en dénombre 825]. Or, si les mots qui désignent le sexe de la femme sont très nombreux, ils sont très peu différenciés. Le con est un terme générique qui recouvre tout l’appareil génital féminin, sans distinctions ni nuances.

 

« A ce propos, il est bon de relever… que cette représentation de la sexualité et le langage qui en découle, est […] d’origine entièrement masculine. Ces images et ces mots reflètent une expérience qui, à de très rares exceptions près, est vécue et traduite uniquement par les hommes […] Il est frappant de constater que ce langage, si l’on en juge au nombre des mots, des image et à leur pertinence et leur originalité, est très pauvre et souvent inadéquat quant à la description de la sexualité féminine dont nous commençons pourtant à soupçonner qu’elle est psychologiquement et physiologiquement plus riche que celle de l’homme. Et cette carence du langage est une véritable castration qui empêche et qui interdit à la femme, non seulement de connaître clairement sa propre sexualité, mais de la vivre et de l’assumer. Et le conséquences en sont bien plus considérables encore dans la mesure où la sexualité – et la sexualité masculine – constitue la métaphore fondamentale à travers laquelle nous imaginons et nous représentons toute réalité psychique : mentale, affective, libidinale ».

 

(Voir aussi à ce sujet le symbolisme qui tend à lier genre et sexe (note de la bloggueuse : celui qui veut que LA nuit, ou LA mort soit représentées par des femmes, symboliquement, par exemple))