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jeudi, 31 janvier 2008
Accoucher
Lola est nourrie, propre et endormie, le babyphone branché à portée de main, ce n'est pas fait pour durer, alors hâtons nous...
C'est plus facile d'en parler maintenant que le temps a passé, mais je dois dire qu'il m'a fallu un peu de recul pour apprécier ma nouvelle situation... Faire un enfant dans l'ignorance de ce que sera l'accouchement, passe encore, mais réitérer l'exploit m'a paru vraiment louche. Ce n'est pas douloureux, non, c'est au delà de ça. Mais ça se fait, finalement. Heureusement, le temps s'écoule, et les choses se font.
J'ai longuement hésité à en faire le récit. C'est à la fois trés intime, trivial, et obscène. C'est de la bidoche à vif, des liquides corporels au large, du sang, des tripes, et plein de mots tabous. Mais c'est tellement humain.
Alors voila, accoucher, c'est ça, enfin, pas tout à fait... Pour moi, en tout cas, ça a été ça. Il y a autant de récits qu'il y a de bébés, c'est une expérience que je suppose à chaque fois nouvelle.
Ce matin, mercredi 23 janvier, je me réveille toute chose. J’ai le ventre qui travaille. Ca tombe bien, aujourd’hui, c’est visite à l’hôpital. Je chausse ma MimiCracra, et je m’en vais par monts et par vaux vers le monde blanc et aseptisé de l’hôpital Philippe le Bon...
Je n’apprécie pas particulièrement mon gynéco, déjà, c’est un homme, ce qui me parait être une tare insurmontable pour ce métier. A sa façon de vous sonder de l’index et du majeur, on sent qu’il n’a pas d’utérus, lui. Je lui explique que j’ai mal aux reins et le ventre bizarre... il me met sous monitoring... verdict : rentrez chez vous, les contractions ne sont pas régulières. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’elles ne le seront jamais ! Je rechausse ma Mimi mais le temps de passer à la Poste, la banque et le toutim, c’est intenable, les reins, les reins ! A mi-chemin, je n’y tiens plus, je fais demi-tour, et retourne à l’hosto. Même verdict, rentrez chez vous !
Ben non, chez moi, c’est trop loin, je pourrais jamais conduire jusque là... je chope l’option « meilleure pote », qui habite sur place, parce que moi, je sais que c’est pour bientôt...
Je me gare en chiasse, et claudique jusque chez elle, ça devrait être interdit de laisser une femme dans cet état sous prétexte que les douleurs sont encore supportables. Je mange un bout, appelle mon mari, qu’il vienne me chercher, pas question de reprendre le volant. C’est en repartant que les choses se confirment, je n’ai pas fait 20 pas dans la rue, que je me déverse 1 litre de flotte sur les genoux. Cette fois, ils ne pourront pas me mettre dehors.
Il est 17H. C’est là que commence la longue, longue attente de l’heureux évènement... on me sonde, on écoute son cœur, on teste mes contractions, toujours pas régulières, soi-disant... Enfin, on me trouve une chambre, et l’attente recommence... dans le lit d’à côté, une femme attend qu’on déclenche son accouchement : bébé est trop gros pour qu’on attende le terme. Elle va attendre longtemps, apparemment, la maternité connaît un de ces rares jours de grande affluence, et aucune salle d’accouchement n’est disponible pour elle (et pour moi alors ??)
On me file un gros ballon sensé me soutenir, puis on m’oublie soigneusement. De temps en temps, on vient m’annoncer : « 2 doigts et demi », « 5 cm », enfin « 7 cm ». Je désespère, c’est long, et ça fait supra mal. Non, pas de péridurale, merci. Suffit de souffler, lonnnguement, de pousser un peu l’air vers le bas du ventre, de rester calme, de marcher, de demander au chéri de poser les mains sur le ventre, les reins. L’un dans l’autre, ça se fait. Les pics de douleurs vont, viennent, rester calme. Finalement, les bons gestes, la bonne respiration, viennent d'eux-mêmes.
Et puis à un moment, il ne doit pas être loin de minuit, ça suffit plus, une chose incroyablement douloureuse se produit : il bouge, très bas, et tout ce qui vous passe par la tête, c’est l’envie d’hurler, que ça s’arrête. Je ne peux plus parler, même plus écouter. Qu’on m’achève, pitié. Envie de gifler, de mordre. Puis un dilemme s’impose : comme il est impossible de marcher jusqu’à la salle d’accouchement, va falloir s’asseoir dans cette foutue chaise roulante. Je m’y cramponne, raide comme la jambe d’un mort, il remue, c’est insoutenable !!! Les nerfs lâchent par à coups, et puis je me ressaisis, parce que c’est encore pire quand on se maîtrise pas. Souffler, ça va passer, faut que ça passe... On me fait patienter, les accouchements se suivent à la chaîne, et la salle n’est pas prête, je suis dans mon couloir, à tenter de dominer la douleur. Enfin, on me hisse sur ce foutu lit, on me met les gambettes en position réglementaire, me passe une chemise, les sages-femmes affluent. D’abord, elles bougent doucement autours de moi, qui peine, qui souffle comme un noyé, qui me remplit de tout l’air possible, je vais mettre l’hôpital sous vide si ça continue. On me félicite, on me dit que j’assure, que je fais ça très bien, de continuer comme ça. Je crie, par intermittence, bon dieu, ça fait mal. Mes poumons, ma tête, mon ventre gémissent.
Puis il y a comme un signal de départ, elles s’agitent d’un seul coup, elles sortent des trucs et des machins, je me sens couler, et là, je gueule pour de bon : il est descendu dans le bassin, dans quelques minutes, Lola sera là, qu’on me dit. Je n’y crois pas, pour moi, ça va durer encore et encore, c’est parti pour une éternité, jamais ça ne s’arrêtera... Je crois que je préfèrerai mourir, à ce stade. L’envie de mettre une grande claque au premier qui passe me revient en tête, bêtement. Le monito bip. Le papa est toujours là, il m’aide de toutes ses forces, il me fait respirer, me ventile, me brumise un peu d’eau, me tient la main. Moi, je me cramponne au lit derrière ma tête, je m’allonge autant que faire se peut. Quand une contraction arrive, je souffle, quand elle passe, jamais assez longtemps, je souffle aussi. C’est hallucinant, comment la douleur peut-elle encore augmenter, à chaque fois je me dis que le maximum est atteint, mais non, chaque instant en augmente l'intensité. Ca s’agite de plus en plus autours de moi, on me tend un masque, je m’y accroche comme une bouée, apparemment un peu trop, je me sens partir, dormir, le papa appelle, que je reste consciente, mais dès que les contractions passent, je pars, je dors... Complètement stone, la fille.
Et puis arrive le fameux : « poussez madame ! », la tête est là, à portée de doigts. Pousser, dans ce cas là, c’est faire en sorte que vos propres organes vous sortent du corps, sensation assez étrange, mais absolument spontanée, pas besoin de vous expliquer la marche à suivre, ça vient tout seul. Je pousse, alors. Mais c’est comme pisser dans un violon. Je crois bien que je hurle très fort, à chaque fois, parce que ça aide. Et puis... et puis plus rien, plus de contractions, plus d’envie, ni de possibilité de pousser, le monito bip de moins en moins vite, et d’un seul coup, le docteur est là. Il dit qu’il ne sait pas comment est positionné le bébé, il me dit de pousser encore, mais je ne peux pas, je ne suis plus qu’un grand cri de douleur, je sens qu’il me touche le seuil du vagin, une sensation très très inconfortable, brûlante. J’apprendrais ensuite que c’était pas son doigt.
Je ne pousse toujours pas, et le docteur à un drôle de truc entre les mains, en forme de cloche. Le monito ralentit, ralentit, je sais que c’est pas bon, que ça signifie que bébé souffre et que son cœur ralentit, mais je n’y peux rien. Je me sens incroyablement impuissante. On fait sortir le papa. Et là, nouveau palier de douleur, les mots manquent à ce stade, je ne peux que rajouter des superlatifs. Je me sens me déchirer, ça brûle. Cette fois, le gynéco me donne des ordres, en même temps qu’il greuille et farfouille là-dedans : « poussez, aidez-moi ! », et puis « allez, on sors les épaules ». Je vagis, bon dieu, quoi, les épaules, ça y est ? Je pousse, une fois, deux fois. Oui, ça y est, la douleur retombe brusquement, et le docteur à un truc vert, rose, rouge, gigotant, dans les mains, tête en bas : c’est mon bébé... Le papa revient, il pleure, il a eu peur, peur pour le bébé, et mal pour moi, lui qui s'était promis de rester stoïque.
Il est 2H23, Lola est née, par voie basse instrumentalisée comme on dit. J’ai l’impression désagréable d’avoir raté quelque chose, d’avoir été hors du coup. Finalement, on est la moins bien placée pour savoir ce qui se passe, entre vos deux jambes. C'est peut-être mieux comme ça, de ne rien voir... Mais ça y est, bébé est sur mon ventre cette fois, je sens sa chaleur, son poids, je vois ses yeux, elle a son pouce dans la bouche, elle est incroyablement calme. Elle va très bien, malgré son poids de brimborion. On me la met au sein, et c’est comme pour parler de la douleur qui m’envahissait quelques minutes plus tôt, les mots manquent pour parler du bonheur, de la joie, de la douceur de cet instant. Elle se débrouille comme une chef, en deux temps trois mouvements, elle a le téton dans la bouche, elle pourrait en remontrer aux agneaux du papa... J'ai envie de rire, de dire merci, je ne m'en prive pas.
Maintenant, je veux qu’on me fiche la paix. Mais non, ce n’est pas fini. Après quelques minutes de calme, on me l’enlève, et les sages-femmes s’y mettent à trois pour me martyriser le ventre, pour faire sortir le placenta. Ca fait bondieusement mal, je les en empêche, je leur enlève les mains, leur arrache les doigts. Elles me menacent : soit je pousse, mais j’en suis incapable, soit je me laisse faire, soit elles vont la chercher à la main, cette foutue poche. Je prends la seconde option, mais bien à contrecoeur, et sans tout à fait les laisser faire. Je voudrais vraiment, vraiment, qu’on arrête de me faire mal, mais même une fois la poche sortie et vérifiée, il reste du petit boulot de couture... la sage-femme me ment à chaque point qu’elle fait, me faisant croire que c’est le dernier. Ca dure une éternité, rien que la piqûre sensée endormir la zone fait mal. Et même après, ça reste douloureux. Elle me recoud donc, moi tétanisée à l’idée de ce qu’elle est en train de faire, les jambes tendues dans les étriers. Mais enfin, enfin, c’est fini.
J’ai mis au monde mon enfant, je l’ai fait. Et je n’en suis pas peu fière.
17:24 Publié dans Encyclopédie féminine | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : maternité, accouchement
Faire-part
Le soleil du 24 janvier n’était pas encore levé, que Lola, fille de Volu et de Poilu, voyait le jour.
Ses yeux sont des mines d’anthracite, ses oreilles deux coquillages, son nez un mont de douceur, sa bouche une œuvre d’orfèvre... Sa coiffe de punk, son poids minimaliste, son appétit gargantuesque et sa voix puissante en ont bouleversé plus d’un !
Sans plus attendre, je vous présente la merveille que Volu gardait en son sein (et qu’elle nourrit selon le même mode) : Lola !
16:43 Publié dans Encyclopédie féminine | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
lundi, 21 janvier 2008
Maternité et sexualité
Un certain tabou entoure ces deux notions, quand on a l’audace de les mettre ensemble. Pendant de longs siècles, l’Eglise, et avec elle tout l’Occident, recommandait de s’abstenir de tout rapport sexuel avec la femme lorsqu’elle était enceinte. En effet, le sexe n’étant toléré qu'à des fins de procréation, à quoi peut-il bien servir de faire l’amour à une femme déjà enceinte ? Sans compter que c’était sûrement néfaste pour le fœtus.
Heureusement, aujourd’hui, l’évidence est toute autre : comment dissocier sexualité et maternité ? Il a fallu faire l’amour pour faire germer ce bébé, et vous savez quoi, continuer à le faire est la meilleure façon de le porter sereinement, le mettre au monde, et par la suite l’allaiter.
Je ne suis pas la première à parler de ce sujet, et je vous conseille la lecture de cet article, une interview de l’ex-actrice de porno Ovidie, ainsi que son ouvrage aux Editions La Musardine, Osez la sexualité pendant la grossesse. Je ne me priverais toutefois pas d’y mettre mon grain de sel.
Comme l’actrice le mentionne elle-même, il serait insuffisant de parler de choses qui relèvent du simple bon sens, comme les positions les plus adaptées, ou le fait qu’il faille éviter de se faire mal... Ca parait logique, et ça ne vous viendra pas à l’idée de toute façon : n’écrasez pas votre ventre, et privilégiez les positions confortables demandant peu d’efforts, et qui supportent seules votre ventre...
Comme dirait donc le flic de votre quartier : évitez les situations à risques... mais bien vite, enfin, le dernier mois surtout, vous constaterez qu’elles sont partout ces situations ! Un bras mal placé, un ventre à contourner pour atteindre les points essentiels, plusieurs litres de liquide amniotique qui se secouent à la moindre vibration, l’incapacité de se porter soi-même, le goût du sperme qui passe de moins en moins... ça devient vraiment du sport.
Mais c’est indispensable ! Vous vous musclez et vous entretenez votre corps raisonnablement, sans surchauffe ni risque de chute ou d’entorse... Votre cœur s’accélère et aère à fond vos petites veines et vos petits cerveaux... vous jouissez et c’est un flux de petites hormones du bonheur qui vous inondent, vous et votre protégé... Sans comptez que vous dormirez mieux, que c’est la meilleure façon d’apprivoisez votre nouveau corps et que vous entretenez l’ambiance de votre couple, ce qui n’est pas superflu à l’approche de l’arrivée d’un ptit nouveau dans la famille...
Alors utilisez les grands moyens : dialogue, coussins pour se caler confortablement, prendre son temps, sortir les ptits jouets...
Quand on lit certains rapports scientifiques proprement catastrophiques, on se dit qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien, alors surtout n’oubliez pas que tout est dans la tête... Si vous n’avez jamais aimé faire l’amour, ça ne devrait pas changer, et il aurait fallu faire quelque chose plus tôt... Si vous n’aviez aucun souci avec votre libido, mais que ça a changé, parlez-en absolument avec votre partenaire... Une vie amoureuse épanouie ne saurait se passer de sexe, à mon avis... Pendant la grossesse, tout est bon à prendre : vous ne ferez plus le bretzel humain, alors privilégiez les caresses, les câlins, les mamours, les plaisirs de la bouche, les jeux... Attention, moins on fait l’amour et moins on en a envie, et vice versa, alors n’enterrez pas votre sexualité !
Savez-vous ce qu’est un « déclenchement à l’italienne » ? C’est prouvé, les contractions de la jouissance, les hormones contenues dans le sperme, tout ça, à l’approche du terme, peut provoquer l’accouchement... Décontractée, lubrifiée, échauffée, la mise bas a alors tendance à mieux se passer... Pendant l’accouchement lui-même, décontracter la maman au moyen de quelques caresses serait également une bonne façon de faire passer un peu plus agréablement ce douloureux moment (cf le dernier post, extrait de cette page)...
Après la naissance, ça risque d’être encore plus dur : fatigue, douleur, manque de temps et d’enthousiasme, mais aussi d’œstrogène, cette petite hormone qui vous aide à lubrifier les lieux... Vous portez aussi un nouveau regard sur votre corps, peut-être vous trouvez-vous moins sexy, peut-être que votre homme a du mal à concevoir qu’on puisse être à la fois mère et une grosse cochonne... Faites-le mentir ! Pour ça, il va tout de même falloir prendre son temps : le coït risque d’être difficilement accessible avant 6 semaines, dans le meilleur des cas (ni épisio ni césarienne)... En attendant, pas question de faire une économie de tendresse ! Votre corps à sûrement changer, vos envies aussi, vos points sensibles également... n’est-ce pas une excellente occasion de se remettre à jour, en douceur ? On oublie la bite deux secondes, et on redécouvre les mains, la langue, les lèvres, la peau... Tout ce qu’on a tendance à oublier.
A présent, dans le cas où vous allaiteriez, c’est comme depuis le début de votre grossesse : une maman qui va à merveille, c’est un bébé qui se porte bien ! Mais plus que tout, la bonne marche d’un allaitement se fait dans la tête, vous avez tout intérêt à bien vous y sentir, ainsi que dans votre corps, et avec le papa, pour que ça dure dans les meilleures conditions. Sans oublier les fameuses petites hormones, toujours utiles dans ces situations...
Finalement, les maîtres mots sont : aller bien pour aller bien. Vous vous sentirez bien, cicatriserez bien, vous entendrez bien avec votre moitié, et c’est un post partum qui s’annonce bien ! Et luttez, luttez toujours, contre l’idée qu’une femme, qu’une mère qui se respecte est une femme pas trop chaude...
11:08 Publié dans Encyclopédie sexuelle | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : sexualité, grossesse, maternité
dimanche, 20 janvier 2008
Accoucher : une expérience orgasmique ?
" Accoucher : une expérience orgasmique
Douloureux, l’accouchement ? Katrina Caslake, elle, a trouvé cela divin, voire orgasmique. “C’était une expérience très sensuelle”, commente cette sage-femme de Wallington, qui a mis au monde (sans péridurale) ses deux fils, aujourd’hui âgés de 17 et 18 ans. “Toutes mes zones érogènes étaient stimulées. Je poussais des cris très proches de ceux de l’orgasme. De fait, c’était un véritable orgasme. Je vivais la chose la plus féminine qui soit donnée de vivre à une femme et c’était fantastique.” Même souvenir pour Frederika Deera. “Cela m’a remplie d’une euphorie indescriptible”, se rappelle cette attachée de presse qui a donné le jour à sa fille Delphine il y a deux ans à l’hôpital de Portsmouth. “C’était le nirvana : on a dû me faire une suture très importante, mais ça ne m’a même pas gênée.”
C’est cette expérience “jouissive” qui a poussé Katrina Caslake à devenir sage-femme. “Je savais que je n’étais pas un cas isolé”, explique la praticienne, qui travaille aujourd’hui pour Yours Maternally, un service d’obstétrique indépendant. “En encourageant d’autres femmes à faire confiance à leur corps et à se détendre, je me suis dit que je pourrais les aider à vivre des accouchements moins douloureux, plus agréables.” Même approche au Birth Centre, dans le sud de Londres, où Nathalie Mottershead, sage-femme, encourage activement l’accouchement sensuel. “Si les couples sont d’accord, on pratique des massages des mamelons et du clitoris pour faire apparaître les contractions, favoriser l’ouverture du col et du vagin et contribuer à soulager la douleur.” Objectif : faire de l’accouchement un moment de plaisir, voire d’extase. “Nous travaillons en étroite collaboration avec les femmes pour qu’elles puissent accoucher à domicile. Si les futures mamans acceptent de se sentir sexy, le travail peut être agréable, indolore, et le plaisir peut aller crescendo jusqu’à la naissance proprement dite.” “Si la femme se sent suffisamment à l’aise pour accepter une stimulation des mamelons et du clitoris pendant l’accouchement, cela aide à lutter contre la douleur et ça facilite le travail”, confirme Andrya Prescott, porte-parole de l’Association des sages-femmes indépendantes. Un petit tour sur le site Internet de l’Organisation américaine pour les naissances non assistées confirme à quel point l’accouchement peut être érotique. Le site décrit en détail des fantasmes de femmes où romantisme et rapports sexuels se traduisent par des “vagues de plaisir” et des “orgasmes cosmiques” au moment de la naissance. Manifestement, les femmes qui grimpent aux rideaux lors de l’enfantement sont plus nombreuses qu’on ne le croit. Sur les 151 femmes interrogées par la sage-femme américaine Ina May Gaskin, 82 disent avoir vécu au moins un accouchement orgasmique. Certes il s’agissait de naissances à domicile et de femmes ouvertes à ce type d’expérience. Mais les avantages sont loin d’être négligeables : un seul et unique orgasme serait 22 fois plus puissant qu’un calmant moyen, et l’excitation sexuelle entraîne une ouverture très sensible du vagin.
“Les femmes y réfléchiraient peut-être à deux fois avant d’accepter une péridurale si elles savaient tout ça, mais personne n’en parle”, déplore Ina May Gaskin, pionnière de l’accouchement naturel, qui fut la première à découvrir la possibilité de l’orgasme pendant la naissance.
Mais il y a un hic : comme toute activité sexuelle, l’intensité du plaisir dépend largement de l’état de relaxation, de confiance et de sécurité que ressent la femme. Or la majorité des parturientes redoutent l’“épreuve” de l’accouchement. Ces craintes se traduisent, avant même le début du travail, par des contractions musculaires et une hausse du taux d’adrénaline. “Le problème, c’est que cette hormone inhibe le désir sexuel et freine les contractions, souligne Andrya Prescott. On est plus tendu et plus sujet à la douleur. C’est pour ça que le travail et la naissance à l’hôpital peuvent être mal vécus. Entourées d’étrangers, les femmes ont un taux d’adrénaline élevé. Dans ce cas, même si elles sont a priori partantes pour une stimulation sexuelle, elles peuvent aussi bien faire une croix dessus.”
Aujourd’hui encore, le sujet est tabou. “Beaucoup de femmes ont peur d’être considérées comme perverses ou anormales si elles admettent avoir des sensations sexuelles pendant l’accouchement”, souligne Carolyn Cowan, professeur de yoga. “Je donne des cours de danse érotique pour femmes enceintes, pour essayer de les débarrasser de ces inhibitions. J’ai deux ou trois trucs à leur apprendre – il a fallu que j’accouche de mon fils pour trouver mon point G.” L’excitation sexuelle provoque la sécrétion d’ocytocine, une hormone qui favorise l’affection et l’attachement, à l’origine des contractions utérines dans l’accouchement et dans l’orgasme. Il s’agit par ailleurs d’une endorphine : elle génère du plaisir tout en étant un puissant analgésique. Dans l’accouchement sensuel, le nourrisson n’est pas en reste. Inondé d’hormones du bien-être, il aura plus de chances de venir au monde heureux et détendu.
Anastasia Stephens
The Independent
17:05 Publié dans Encyclopédie féminine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sexualité, grossesse, femmes





























